Hommage à madame Jeannine Tardif, composé par son fils Bertin et lu par sa soeur Pauline, en l'église d'Amqui, le samedi 27 janvier 2018, jour de la célébration commémorative.
Dans notre société, l’humain est souvent défini selon deux modes d’existence ( Avoir ou Être ).
• Les individus du mode Avoir se réalisent par leur passion de l'avoir, par ce qu’ils acquièrent ou par leur puissance matérielle;
• Ceux du mode Être se définissent davantage par leur accomplissement personnel ou spirituel.
Le mode Servir est celui qui définirait le mieux la vie qu’a menée ma sœur Jeannine. Mais attention, pas un servir de soumission ou un servir ou l’on attend en retour. Non! Chez elle, servir était naturel. Ses motifs l’étaient tout autant : servir pour faire le bien, servir pour rendre heureux, servir pour prendre soin.
Jeannine vient au monde à Amqui en 1931 pendant la Grande dépression économique. Elle passe toutefois son enfance en Abitibi où ses parents ont souscrit à un programme de colonisation pour mieux subvenir aux besoins de la famille. Son père est maréchal ferrant, exploite un petit moulin à scie et est chargé de préparer l’ouverture de plusieurs villages en prévision de l’arrivée des colons. Devant le peu de moyens et les nombreuses tâches à accomplir, Jeannine développe rapidement ce goût de servir sa famille dans les tâches domestiques, à l’écurie et même au moulin à scie. Elle gardera d’heureux souvenirs de cette tranche de vie et de la petite maison située entre la rivière et la forêt.
Cet épisode d’insouciance en Abitibi prend subitement fin lors de la perte de son père alors qu’elle n’a que 13 ans. Ainée de la famille, sa faculté de servir prend alors tout son sens. Malgré son jeune âge, elle fait preuve d’une grande maturité en assumant de nouvelles responsabilités familiales pendant ces événements malheureux. Imaginez la petite Jeannine en charge de ses jeunes sœurs et frère lors d’un long voyage en train les menant de Val-d’Or en Abitibi jusqu’à Québec pour rejoindre leur mère qui est au chevet de leur père. Le décès de son jeune frère survenu un an plus tard marque définitivement la fin de son enfance.
L’adolescente dévouée qu’elle est devenue au milieu des années ‘40 lui vaut l’appréciation des Bonnes Sœurs de la Charité. Lors de ses études au Pensionnat Notre-Dame-du-Bon-Conseil de Montmagny Jeannine se porte volontaire pour être commissionnaire au couvent. Cela lui permet quelques fois d’échapper aux corvées moins attrayantes et d’obtenir en récompense des gâteries culinaires normalement destinées aux religieuses. Cette marque d’affection de la communauté religieuse lui aura été d’un grand réconfort pendant cette période d’après-guerre marquée par les deuils successifs de son père et de son jeune frère et par son isolement en pensionnat.
De retour à Amqui pour rejoindre sa famille nouvellement installée, elle rencontre son beau Jean. Ils se marient et fondent une grande famille de 7 enfants. Jeannine consacre toute son existence au service de sa famille. Les petites attentions, les marques d’affection, les bons soins, l’écoute, les multiples petits services sont autant de moyens déployés par Jeannine pour servir sa famille. Cette cellule familiale est sacrée à ses yeux. Le bonheur des siens la rend heureuse. Toute sa vie elle se soucie de la sécurité et du bien-être de sa famille. Elle s’inquiète si quelqu’un est en voyage ou en déplacement sur la route ou lorsqu’elle est sans nouvelle d’un des siens pendant quelques jours. Elle accompagnera dans la maladie successivement sa mère et en suite son mari avec beaucoup d’affection.
À la mi-temps de sa vie alors que ses enfants prennent leur envol et que ses responsabilités parentales diminuent, Jeannine entreprend de servir sur d’autres plans. La communauté devient son échelle de partage. C’est alors qu’elle s’engage dans la fondation d’organismes communautaires. Elle agit comme administratrice et comme bénévole à la fondation du mouvement scouts et guides d’Amqui, à la mise en place de la coopérative alimentaire (aujourd’hui le Marché Richelieu) et à la création de Moisson Vallée. Elle s’investie pendant plusieurs années dans ces organisations et toujours le bénévolat se poursuit à la maison. On ne compte plus la quantité de mets préparés sur sa propre cuisinière pour les familles moins bien nanties. Pas de demi-mesure non plus pour la quantité impressionnante de jouets nettoyés et restaurés durant l’automne et distribués par les pompiers aux enfants dans le besoin la veille de Noël.
L’anonymat et la discrétion sont sa marque de commerce. Son salaire est de voir le bonheur chez les personnes de son entourage. Ceux-ci ont d’ailleurs été très reconnaissants au cours des dernières années alors que la maladie avait passablement réduit sa capacité de servir. Sa fille où elle réside la traite au petit soin et ses proches lui assurent une présence quasi journalière pour la désennuyer. Une petite jasette, un petit repas, une partie de cartes, un récit de voyage ou simplement une présence réconfortante lui apporte du bonheur. Lors de son 80ième anniversaire de naissance chaque membre de sa famille lui offre des certificats cadeaux originaux : des dons de présence à ses côtés (des dons de temps précieux). Cet accompagnement s’est intensifié avec la progression de sa maladie pour devenir permanent au cours des derniers jours.
Merci Jeannine pour être passée dans nos vies.
Hommage à madame Jeannine Tardif, composé et lu par sa petite-fille Isabelle, en l'église d'Amqui, le samedi 27 janvier 2018, jour de la célébration commémorative.
Grand-maman, tu sais à quel point tu as marqué ma vie, toute petite tu étais pour moi plus qu’une mère, une épaule, un réconfort, tout plein d’amour pour moi. Chaque départ ou l’on a du me séparer de toi était un drame, je pleurais 2 semaines et le soir avant de m’endormir, je priais très fort et je disais : Si Dieu si tu existes vraiment, demain je vais me réveiller avec grand-maman, je ne veux pas être ici moi… Alors hélas dans mon cœur de petite fille, j’ai douté Dieu longtemps de me laisser avoir autant de peine… J’ai demandé à grand-maman dans ces dernières années, toi grand-maman comment vivais-tu mes départs ? Elle m’a répondu, Un jour ton grand-père m’a dit : « Là Jeannine si tu t’en remets pas, j’te monte à l’hôpital !» Et là on s’est mise à rire, enfin… 30 ans plus tard, on pouvait en rire.
Grand-maman, malgré ton allure imposante, ta corpulence, ta forte voix, tu étais d’une douceur. Mes amies me disaient parfois, Isa ta grand-mère à l’air sévère, je leur disais : «Non c’est la meilleure grand-maman du monde». Par contre elle avait du caractère, le caractère des Tardif… Un jour je me souviens, elle avait monté le ton dans la cuisine et grand-papa était assis tranquille avec sa petite coupe de vin rouge et il m’a regardé (et il ne parlait jamais pour rien dire) et il m’a dit : «Ça sert à rien de m’obstiner avec elle, avec le temps j’ai compris, elle a toujours raison !»
Ce qui m’a marquée aussi de ma grand-maman est son amour pour le sport, une vraie passion de regarder tous les sports, mais de tous, son favori était bien le hockey, le Canadiens de Montréal.. Je crois que ma grand-mère n’a jamais manqué un match à moins d’être à l’hôpital.. Elle disait qu’elle ne l’était pas, mais oui elle était vraiment fanatique. Avant que la télé existe, grand-maman couchait les enfants, faisait son ménage, amenait sa chaise berçante devant sa radio aux oreilles de lapins et écoutait les matchs du Canadien et à chaque but… elle réveillait tous les enfants haha !! Son Marien s’est bien amusé à la narguer, allant même à la lui apporter une boite de (Kleenex) en cadeau lors d’une élimination du Canadien.. Un jour j’ai demandé à papa, fier partisan des Nordiques, pourquoi grand-maman aime autant Patrick Roy (nous on le détestait) il m’a répondu : «Haaaa je pense que c’est a cause qu’il ressemble à son beau Donald ».
Tu sais grand-maman que mes deux dernières année ont été difficiles. Tu m’as même ouvert les bras pour m’accueillir chez toi. Dans la dernière année, j’évitais parfois d’aller te voir, parce que je ne voulais pas pleurer devant toi et tu m’as alors dis :«Quand tu ne viens pas, c’est pire pour moi de ne pas savoir !» Je me suis assise par terre, couchée la tête sur ses genoux et elle me flattait les cheveux et disant : «Tu sais ce que tu représentes pour moi, je ne supporte plus de te voir dans cet état». Et bien grand-maman ton p’tit canard à la patte cassée, s’est retroussé ! Elle vole enfin de ses propres ailes, elle travaille très fort, elle a maintenant son entreprise qui va très bien, alors ne t’inquiète plus pour moi…et continue de veiller sur moi de la haut.
Grand-maman, tu étais si bien chez mes parents, Réjean et Lisette qui ont donné 24 sur 24, pendant 4 ans de leur amour, leur attention, leur dévouement, nervosité, de nuits blanches, de soins et parfois même de soins hors de leur champs de compétences ; tout ca par amour pour toi. Mais grand-maman, tu le méritais, car toi tu avais déjà donné autant.. La roue tourne et elle tourne bien. Tu as une famille unie, remplie d’amour, c’est l’image que tu as projeté sur nous. Tu as remercié Réjean et Lisette d’un amour qui ne s’oubliera jamais en rendant ton dernier souffle seule avec eux.. Tu as gravé leur cœur à jamais. Merci pour eux.
Grand-maman, dans chacun de tes sourires, il y avait nous, ta famille. Et dans le brillant de tes yeux qui s'allumait encore, il y avait Grand-Papa. Ton Tit-Jean, qui peut maintenant recommencer à te souffler à l'oreille combien il t'aime. Tu retrouves aussi ton fils Jacques… quand j’avais 2 ans, je pensais que Jacques redescendrait avec les flocons de neige (car maman m’avait expliqué qu’il était au ciel) Maintenant quand je regarderai le ciel, je verrai cette étoile qui brillera toujours plus que les autres.
Je t’aime si fort grand-maman et pour toujours.
Maintenant je sais que Dieu existe, car un jour je me réveillerai à côté de toi et ce pour l’éternité.
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