Hommage à Mme Jeannette PLANTE, GENDRON
Hommage à madame Jeannette Plante, lu son petit-fils Jérémy en l'église de Ste-Florence, le samedi 3 mai 2014, jour de la célébration commémorative. Bonjour, Si j’ai choisi de prendre la parole aujourd’hui en ce lieu sacré et devant vous tous réunis, c’est pour rendre à ma grand-mère l’hommage qui lui est dû. Cette tâche, elle n’est pas simple ; je ne l’ai donc pas prise à la légère. Je tenterai donc de faire tout en mon pouvoir, c'est-à-dire de mon mieux, pour l’accomplir dignement. Rendre hommage, c’est faire honneur : c’est témoigner son respect. Après réflexion, j’ai conclu que cet acte se devait d’être fait d’une manière particulière, en rompant avec le conformisme. L’hommage, pour moi, nécessite de replacer l’être aimé au centre d’un rituel avant tout conçu pour nous-mêmes. Cela ne peut se faire que par un effort qui malheureusement revêt l’habit de la transgression, d’où le paradoxe qui hante ce discours, celui de ne parler que pour soi par respect pour l’autre. Il ne s’agit donc pas ici de faire l’éloge des vertus de la défunte : le rassemblement dressé ici sous mes yeux qui, à première vue, semble hétéroclite mais est profondément uni par l’amour, est une affirmation silencieuse de ses qualités si criantes qu’elle rend la parole obsolète. Je n’entends pas vous faire pleurer, mais vous faire réfléchir ; il ne s’agit toutefois pas d’autoriser la raison à brimer les passions. Il est de mon devoir aujourd’hui, par amour, de lever le voile élevé sur ce moment créateur de solidarité que nous vivons tous. Car qui ne peut s’avouer que nous sommes avant tout réunis ici pour une communion essentielle à nous-mêmes plutôt que par un désir universel de commémoration ne peut qu’être victime de la mauvaise foi sartrienne. J’entends donc ici délivrer les sentiments de l’obligation rituelle universelle pour faire l’éloge de l’attachement sincère propre à chacun qui se doit d’être le véritable et seul hommage possible. Aucun de nous ne possède un regard omnipotent sur la complexité d’un autre être : le prétendre serait un manque flagrant de dignité morale. La production d’un discours n’est qu’une forme comme une autre de jugement et celui qui le produit ne peut ignorer les risques qui y sont inhérents, dangers qui sont trop souvent la source d’une trahison de la volonté originale de l’orateur. J’ai donc trop peur d’offrir en remplacement de l’essence de la personne honorée une simple perspective, mes souvenirs n’étant que l’expression de ce qu’elle fut pour moi : je ne peux que concevoir mais point ressentir ce qu’elle représentait pour ses autres proches. De même, une agrégation de ces souvenirs, bien qu’expressions nombreuses et idéalement complémentaires, ne feraient qu’offrir une version édulcorée de la femme qu’elle était ; cela obscurcirait une part essentielle de sa personne, soit la conception qu’elle se faisait d’elle-même, qui, à nous tous aujourd’hui et pour toujours, restera inaccessible. Ce type de témoignage est d’autant plus malaisé en raison de la nature même du deuil, dans ce cas-ci processus dialectique qui ne peut être complété que par la synthèse de sentiments contradictoires. Il est trop tôt en ce moment – et en sera-t-il différemment un autre jour ? – pour avoir porté ce processus à terme. Comment réconcilier l’image d’une dame qui nous apparait duale, d’abord femme aimante, pour sa famille, son époux, ses enfants, ses amis, puis tristement déchirée du souvenir de ces liens par la maladie. Comment peut-on considérer la mort d’un être cher comme une délivrance, le désir d’avoir voulu vivre avec elle un jour de plus comme de l’acharnement. À qui donner préséance, à la femme d’autrefois ou celle d’hier : l’un ou l’autre serait tout aussi injuste. Celui qui s’autoriserait à en juger au nom de tous et devant tous, n’a rien compris de l’importance de ce que la vie d’un être aimé représente. Il n’existe qu’un seul être transcendant apte à prononcer des jugements universels. Aucun mortel ne peut ici prétendre au monopole de la parole, surtout s’il s’agit de postuler que l’hommage qu’il rend doit être le seul et le dernier. Il n’existe point de hiérarchie dans l’amour : frères; mari; enfants; petits-enfants; arrière petits-enfants; amis; connaissances; tous, à leur façon, ont aimé, aiment encore et continueront d’aimer. Ils n’ont pas moins le même droit que moi ou n’importe qui d’entre nous de rendre hommage. Et si un hommage se doit par définition d’être avant tout un témoignage de respect, je considère que, pour respecter la complexité de la défunte, mais aussi l’individualité de ses proches qui subissent sa perte, il ne peut prendre qu’une seule forme, celle qui est en rupture avec ce que certains appelleraient non injustement la tradition. Si je me considère habilité, comme tous ici assemblés, à exprimer ce qu’elle fut pour moi, qui l’a accompagnée jusque dans ses derniers moments, vous me saurez gré de ne point me contraindre à vous en faire part. Je ne considère pas nécessaire de le faire, bien au contraire, lors de ce court instant imposé par l’occasion. Les véritables hommages sont singuliers et intemporels : c'est-à-dire qu’ils sont l’œuvre de chacun dans leur quotidien propre. Ils sont l’expression du cœur, expression qui, même pour les plus doués de verbe d’entre nous, ne peut subir l’épreuve de la traduction qu’imposent les limites du langage sans perdre au change. Les hommages se passent de la tribune et des artifices du discours. Je laisse donc le soin à chacun d’entre vous de rendre hommage à cette femme merveilleuse qui nous a quittés, à leur façon. Merci de votre écoute. Jeannette, repose en paix.
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