Hommage à madame Adrienne Leclerc, lu par sa fille Jacqueline, en l'église de Val-Brillant, le samedi 6 juillet 2013, jour de la célébration commémorative.
Maman,
Nous sommes mercredi. Ce soir, je m’assois à mon clavier et ma tête gronde. Je pense à toi et les larmes coulent sur mes joues… Ma gorge se serre à en faire mal car je repense à ton départ. Dans quelques jours, nous te dirons au revoir… et ce jour, c’est aujourd’hui.
Je me souviens des moments de ton enfance que tu nous racontais. Issue d'une famille de 12 enfants, dont malheureusement les 6 garçons ont déjà quitté cette terre, tu nous disais que pour des enfants de cultivateurs, la vie n’était pas facile ! Le travail ne manquait pas et toi, l'aînée des filles, tu as dû développer bien rapidement tes talents de cuisinière, de couturière, une habileté toute particulière pour le tricot, la broderie et parfois même pour le bricolage.
En 6ème année, tu as dû quitter l’école pour aider grand-maman qui s’était cassé un bras. Ton aide aux tâches quotidiennes et ta débrouillardise ont fait en sorte que, bien rapidement, les gens se sont mis à revendiquer ton aide pour assister les femmes qui venaient d’accoucher. Rapidement, ta réputation de très bonne aide à domicile s'est répandue et les offres d’emploi ont été de plus en plus nombreuses. Le travail ne te faisait pas peur et comme tu ne manquais pas d'initiative, tes employeurs étaient plus que ravis de bénéficier de tes services. Et puis, un jour, un beau jeune homme t'a remarquée. Sa cour assidue a gagné ton cœur et tu t'es décidée à convoler en justes noces le 10 juillet 1946. Une femme fière pour un homme fier !
Avec ses économies, papa a acheté une ferme dans le Rang 2 de Val-Brillant. Pour avoir l’électricité à la maison, tous les hommes du rang ont creusé et planté les poteaux qui deviendront porteurs des fils électriques. L’électricité à la maison va un peu faciliter ta vie à la campagne. Dans cette maison, maman, tu as mis à profit tes talents pour la peinture, la décoration et le bricolage. La récupération n’a pas été inventée par nous. Déjà à cette époque, tu faisais la transformation des matériaux récupérés en réutilisant tous les papiers brillants pour confectionner les boules de Noël ; les sacs de farine se transformaient en rideaux pour les fenêtres ; le manteau de fourrure d’un vieil oncle devenait, pour notre plus grand bonheur à ma sœur et à moi, nos manteaux et pouvaient servir également de jetée sur notre lit pour les nuits d’hiver. Maman, tu as été une femme brillante et imaginative !
Lors d’une visite à Val-Brillant, Claude se laissa raconter par monsieur Paquet l’incroyable femme que tu étais lorsque notre famille demeurait dans le rang 2. Monsieur Paquet se souvenait de t’avoir vue atteler seule le cheval pour aller faire tes commissions au village ou aller à la messe. Ce n’était pas chose courante, même dans ce temps-là. En remémorant cette anecdote à Henri, celui-ci en rajouta, en racontant comment parfois les trajets en voiture à cheval entre le rang 2 et le village, avec toi maman, pendant que papa restait à la maison pour garder les autres enfants, étaient trépidants et surprenants.
Déjà en 1947, un enfant se laisse bercer dans tes bras. À ton tour, tu deviens maman. Il ne se souvient pas de ton premier sourire, de ton premier câlin pour lui, et nous non plus, mais on sait que tu nous as donné le meilleur de toi-même. Tu as perdu bien des heures de sommeil pour nous, tu t’es inquiétée bien des fois dans nos moments d’incertitude, tu as soigné nos blessures, tu nous a transmis tes connaissances. Tu as également travaillé très fort comme par exemple, à ramasser des fraises des champs pendant des heures, à nettoyer le champ de framboises pour que, d’année en année, elles soient toujours plus grosses, plus juteuses pour les vendre immédiatement à la fin de ces journées entières passées au soleil, sans parfois même t’arrêter pour prendre ton repas, tout cela pour nous fournir ce dont on avait besoin pour nous loger, nous nourrir et payer les frais scolaires. Tu avais le don de faire beaucoup avec peu (peu d’argent, peu de nourriture, etc..). Tu nous as soutenus à la naissance de nos enfants ou lors de nos maladies. Tu avais certainement des rêves qui ne sont jamais devenus réalité à cause de nous. Sans aucun doute, tu as dû te sentir frustrée quelquefois et même pleine de désespoir. Tu n’as pas eu une carrière excitante quoique tu en aurais eu toutes les capacités. Tu n’as pas voyagé à travers le monde ni conduit de voiture luxueuse mais, chaque jour, tu t’en faisais pour nous. Tu nous as aimés inconditionnellement, peu importe ce que nous avons fait.
Durant les 2 dernières années, jour après jour, nous pouvions voir tes difficultés de plus en plus grandes à effectuer tes activités quotidiennes. Toi, une femme de caractère et indépendante, tu as voulu tout faire pour garder ton autonomie. Toi qui as tant travaillé, tu refusais que la vie t’enlève l’usage de tes jambes, de tes bras et de tes mains. Tu devenais prisonnière de ton corps, mais ton esprit restait alerte. Chaque jour, tu espérais le retour de tes capacités et le soir, toute désolée, tu faisais le constat des forces perdues.
Avec le début de ton séjour en soins palliatifs à l’hôpital, nous savions, maman, que l’inévitable se rapprochait. Tous tes enfants avec leur conjoint et conjointe sont venus te visiter, ainsi que tes sœurs et tes petits-enfants demeurant dans la région. Tu as pu parler avec certains, leur dire que si tu nous quittais, ce n’était pas parce que tu ne nous aimais pas, mais parce que tu étais fatiguée de tant souffrir. Ton départ, il y a longtemps que tu le demandais dans tes prières. Tu avais fait tes Pâques et reçu l’onction des malades deux fois plutôt qu’une et tu étais prête pour un grand voyage…
Maman tu as été plus qu’une mère. Tu as été une grand-mère et arrière-grand-mère. Tu aimais recevoir tes petits-enfants et eux aimaient l’odeur qui régnait dans ta maison. Tu as été une femme vaillante comme deux. Avec tous tes talents, tu as probablement déjà des outils dans les mains et tu nous prépares certainement une belle place ornée de fleurs au ciel.
Maman, nous avons eu le privilège de t’accompagner. Nous avons tenu ta main. Nous avons prié avec toi. C’était un moment unique. Nous t’avons dit que tu pouvais partir et que nous ne voulions plus que tu aies à souffrir. Sois soulagée et heureuse maman. Va sereine et en paix car tu as tenu bon et dignement.
Tes enfants qui t’aiment.
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