Hommage à monsieur Louis Villeneuve, lu par son fils Mario en l'église d'Amqui, le samedi 11 mai 2013, jour de la célébration commémorative.
Maman, mes soeurs, mon frère, ma famille et vous tous ici rassemblés,
Que dire de papa.
Difficile de décrire en peu de mots toute une vie, mon père était le plus fort, le meilleur d'entre tous, 84 ans bientôt !
Pour un petit garçon né à la fin des années 20 ... cette vie d'une autre époque est pour nous difficile à imaginer;
Peu de confort, sans électricité, très peu d'argent : c'était la crise, les tickets pour la nourriture, le rationnement... Que faire pour lui, l'aîné des garçons?
Aider les parents, commencer le travail très jeune à des salaire de misère. Les chantiers lui ont volé son enfance ainsi que son adolescence ; il est devenu un homme avant le temps! Son courage, sa force, sa détermination, son désire d'avancer ont tracé son chemin ...
Un premier mariage, il perd sa femme de façon tragique. Un deuil difficile pour un jeune marié de quelques mois.
La vie continue pour lui, puis heureusement pour nous, une deuxième rencontre. Il tombe amoureux de la jeune et jolie maîtresse du rang. Elle sera la compagne de sa vie.. SA Marguerite; 59 ans de mariage bientôt, 6 enfants, 12 petits-enfants et même 1 arrière petit-enfant.
Pour lui sa famille est importante, il veille à ce qu'elle ne manque de rien. Alors combien d'hivers dans le bois, combien d'anniversaires manqués ? Mais tellement présent à la fois.
Travailler sur la Côte Nord, il fallait le faire. Jamais papa ne reculait devant les embûches, les lots inaccessibles, les ravins, rien ne lui faisait peur. La compagnie lui a d'ailleurs décerné plusieurs prix.
Lorsqu'il revenait, c'était la fête. Papa d'ailleurs était de party ... grosse gang, gros repas (cipaille); mais fallait faire la vaisselle au plus vite ... reporter à plus tard, jamais!!!
Pour soulager sa douce, il lui donnait congé. Congé bien mérité, elle en profitait pour visiter ses soeurs.
SOBRE tout au long de sa vie, Lacordaire il a été ! Habile de ses mains c'est peu dire, il avait tous les talents en construction, plomberie, électricité, demandez, il savait le faire! Parce que la santé de maman l'exigeait, ce n'est pas une mais deux maisons qu'il construisit; sa fierté, toujours l'améliorer.
Changer les divisions, refaire une chambre, combien de fois a-t-il déplacé les salles de bain d'endroit et lorsque les ma-tantes arrivaient, elles ne savaient plus où aller.
Toujours un projet en tête ... Il pouvait calculer l'achat de son bois sans aucune perte. Pas de calculatrice, pas d'ordinateur, il aurait pu être un universitaire avec une grande carrière; son université : l'école de la vie et QUELLE ÉCOLE...
Que dire de ses voitures, avec son premier Pontiac, il a séduit notre mère ... avec ses Volvos de mon oncle Marcel, il roulait à 100 ; mais c'était des milles à l'heure, lui aussi il a été jeune.
Sa plus belle réussite, ses enfants ; il ne parlait pas beaucoup, mais toujours on comprenait. Il était autoritaire, directif, il fallait que tout soit parfait.
Heureux de la réussite de ceux-ci comme pas un, sa grande fierté, qu'ils soient tous instruits. C'est notre héritage.
Athlétique et endurant, il aurait couru le marathon et en aurait été le grand vainqueur, mais pas de temps pour les loisirs ; travail, travail, travail, toujours le travail ... Et par le travail sont venus de graves accidents. Combien de fois nous avons eu peur de le perdre, combatif, jamais il n'abandonnait. Peu comme lui aurait pu endurer cette souffrance. Condamné à la chaise roulante, il avait dit qu'il remarcherait et bien sûr c'est ce qu'il fit. Il retourna vers sa Côte Nord...
Quand l'heure de la retraite arrive, il ne reste pas inactif. Que ce soit à la maison, au chalet, de multiples travaux sont toujours en cours. Jamais il ne se repose. Il était heureux, avec un marteau dans une main et un gallon à mesurer dans l'autre.
Debout avant le lever du soleil, ses journées commençaient et jusqu'au coucher il s'activait.
Puis la maladie, problème cardiaque, il est inopérable, rien à faire pour lui. De par sa nature, avec un régime strict, sa condition s'améliore; 2 ans plus tard, 5 pontages cardiaques. Encore une fois, des complications, mais rien pour le faire céder. Tel un roseau, il se relève encore.
Puis surnoisement tel un voleur, la démence vasculaire vient chercher petit à petit sa mémoire, son autonomie, lui si allumé...
Malgré notre tristesse, Louis était notre papa avec son sourire et ses beaux cheveux blancs...
Ses derniers moments ont été empreints de calme et de douceur.
Papa, à l'aube et accompagné d'une volée d'oiseaux vers le Royayme céleste, tu t'es élevé.
De ton paradis, veille sur nous.
Et si jamais les portes de St-Pierre ont besoin d'être modifiées ... soyez certains que ti-Louis prendra ses outils !
On t'aime papa
Le plus fort, c'est toi !
Hommage à monsieur Louis Villeneuve par son petit-fils Rémy Villeneuve
La légende de Louis
Il est très rare d'avoir le privilège de connaître une véritable légende.
Ce n'était pas un grand politicien, ce n'était pas un architecte renommé, ce n'était pas non plus un joueur de hockey. C'était notre grand-père.
Notre grand-père était un travailleur acharné. Un homme fier de ses réalisations et respecté des hommes qui le côtoyaient dans son milieu : la forêt. Un homme qui rappelait à tous et à chaque occasion le niveau record et souligné à maintes reprises de son professionnalisme dans l'exercice de son métier de bûcheron.
Notre grand-père était d'une minutie et d'une exactitude remarquables, parfois déconcertantes pour le commun des mortels. C'était un homme qui mesurait une fois avant de couper et travaillait aussi bien le bois d’œuvre au 1/16 de pouce que les épinettes larges de 16 pouces !
Notre grand-père était d'une imagination et débrouillardise hors du commun. C'était un homme qui réutilisait tout ce qui pouvait l'être et devait l'être. Un homme économe et généreux, qui n'hésitait pas à contribuer aux projets visant à améliorer sa communauté tout comme à soutenir les gens désireux d'avoir leur chance sur les chantiers. Généreux tout autant avec les ours noirs qui lui quémandaient ses repas dans le bois !
Notre grand-père était aussi coiffé d'une bonne toque de chef. L'odeur des rôties beurrées et des œufs à l'aube qui envahissait la maison et sonnait le début d'une autre journée bien remplie, été comme hiver. L'odeur des tartes aux bleuets qu'il rapportait jadis en seaux pleins au rebord de la Côte-Nord. Et que dire de son saumon, qu'il prenait plaisir à préparer en papillote, écho des échanges avec les autochtones qu'il côtoyait et respectait dans cette région.
Notre grand-père était fier de lui et de sa famille. Et nous sommes fiers de toi.
Notre chemin se poursuivra sans toi, Grand-Papa, mais nous aurons ta légende pour nous guider.
De tes petits-enfants et de notre descendance
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