Hommage à monsieur Roger Lavoie, lu par sa fille Régine en l'église de St-Vianney, le vendredi 1er mars 2013, jour de la célébration commémorative.
Avant que notre ami Gaétan fasse l'hommage à Roger sur le plan communautaire, j'aimerais dire au nom de ma famille merci, un mot bien simple pour dire tout, à vous tous ici venus rendre un dernier hommage à un grand homme, un pilier. Merci à ceux qui participent à ce dernier hommage, sa gang de la pastorale, ses amis et membres de différents organismes, papa était membre de presque tout, Pauline pour l'extra en musique. Nous remercions particulièrement Marien pour les heures de veille nous permettant un répit, papa t'attendait le matin. « La porte est-tu barrée? Faut pas que Marien vire de bord.» Nous remercions également Réjean Royer pour l'assiduité des visites quotidiennes et les nombreuses soirées avec Gaétan Charette où le trio baptisé la Ligue du vieux poêle discutait de sujets variés. Les derniers jours de sa vie furent plus faciles grâce à vous. Merci aux nombreux amis qui sont passés le voir, les amis qui ont appelé, certains jours on aurait dit une centrale téléphonique d'un bureau. Roger disait souvent : « Je pensais jamais être aimé autant que ça! »
Quand on entend le nom de Roger Lavoie cela représente l'homme qui aimait tellement le monde, même aujourd'hui c'est des prêtres de la Colombie, le monde est venu à lui. C'est le chum de bois, le watchman au centre, le bénévole toujours prêt. « Y est où papa? Parti à une réunion. » Pauvre maman le nombre d'heures d'absence de ton homme. Pour d'autres, Roger Lavoie représente celui qui prend soin du cimetière, dans mes courriels une personne disait « l'endroit où reposent les gens que l'on a aimés ». C'est le gars amoureux des chevaux. Dans l'église le dernier banc en arrière (ça fait drôle d'être assis en avant aujourd'hui), celui qui saluait ceux qui passaient. Ou encore la dernière maison au Rang 1, le dernier né des enfants à Pato et Mérilda. Grand-maman a élevé les trois enfants de sa plus vieille Thérèse morte du même cancer que papa à 26 ans. Ce sont des oncles et tante bien plus que cousins et cousine. Roger était le treizième enfant, né le 14 novembre 1939 ici à St-Vianney. Il était bien fier de son certificat au 90ième de la paroisse cet été. Papa, très jeune, tu aimais déjà les chevaux. Il t'arrivait parfois de mener toi et tes soeurs à l'école et dételer le cheval avant d'entrer à l'école. Dès 12 ans, tu commenças à suivre ton père apprenant le dur métier de cultivateur. Tu aurais pu être maréchal ferrant! Ta grande peine lorsque la mécanique et le tracteur de ton père changea tous tes plans. Les chevaux, tu les comprenais mieux que quiconque, tu savais exploiter leur potentiel à chacun, l'un fort travaillant avec l'autre agile ou encore bon travailleur solitaire, jamais de maltraitance. En 1963, tu t'es marié à notre mère. Cette année en août on aurait fêté vos 50 ans. Dommage.
Tu aimais le contact avec les bêtes, la petite ferme pour avoir de la bonne viande à manger avec le jardin à Claudette pas besoin de vous dire qu'ils en ont nourri du monde, recevoir beaucoup de visites date pas de quelques jours! Pour boucler les fins de mois, cultiver ne suffisait pas, il fallait être bûcheron, plus difficile encore durant l'hiver. Le bois source de revenus, oui mais aussi source de réconfort, de paix et de solitude. Bois source de chaleur, combien de fois tu as ouvert la porte du poêle pour regarder les flammes en te berçant. Tu veillais encore, bien des fois pour chauffer ta maison, un peu trop parfois, on trouvait qu'il faisait trop chaud. Les printemps, la nature se réveillait. La saison des sucres, les nuits à bouillir (tiens tu veillais encore), les jours à récolter l'eau, le plaisir du travail bien fait. Ensuite les étés, la ferme et les foins. Hi! Que tu en as swingné des presses dans la waggine! L'automne avec les récoltes du jardin pis le champ de patates, maudit que c'était long à ramasser. Mais on n'avait pas fini, il restait le bois de chauffage à entrer dans la cave. Pas encore fini pour toi, il fallait faire boucherie. Titou venait t'aider pour ensuite aller y aider à ton tour, le tout agrémenté de quelques gins DeKuyper. « Aye, m'a t'dire . » disait Titou et vos discussions étaient parties. Il te restait un p'tit peu de temps pour la chasse. Chaque saison apportant son rituel, ta vie se passa. Parlant de rituels, Papa était un homme de rituels. Chaque semaine la messe, source de réconfort et de « pain ». « Ça donne à penser pis à jongler pour le reste de la semaine. » Ensuite La Semaine Verte à la télévision (fallait pas parler) pis les nouvelles à 10h le soir. Tous ces rituels, il les faisait les yeux fermés, il ne dormait pas! Combien de fois j'ai vu maman lui donner un coup de coude durant la messe. Mais il ne dormait pas.
En 1979, par amour pour nous, tu as acheté une maison au village. Tu as toujours dit que tes enfants étaient ta richesse, ta grande réussite. Combien de fois tu as veillé sur nous lorsque nous étions malades. Pis il fallait que tu nous aimes pour toutes les folies de jeunesse qu'on a faites. Là, tu as encore veillé, mais c'est parce que nous n'entrions pas. Là on ne parle pas de nous mais de toi, une chance parce qu'on en finirait plus. Pas facile de résumé une vie comme la tienne en cinq minutes, c'est un peu plus long mais inquiétez-vous pas on a prévu un buffet après. Parents et amis sont invités.
Pour finir avant de laisser la place à Gaétan pour le communautaire, je tiens à dire que ton combat aura été d'une grande souffrance, une montagne à franchir. Te voir dépérir nous faisait mal et toi ben tu aimais trop la vie, alors ta tête commandait à ton corps de continuer comme un homme commandait à son cheval de gravir la montagne. Presqu'au sommet de la réussite ton corps tel le cheval s'écrasa d'épuisement, trop d'efforts. « Merci » tu disais lorsqu'on t'a ramené à la maison pour finir ton passage terrestre. C'est un beau cadeau pas seulement pour toi mais aussi pour nous. Ton sens de l'humour que tu as su si bien utiliser jusqu'à la fin (lorsqu'il ne pouvait plus beaucoup parler à la fin il nous faisait bye bye avec les orteils), tes valeurs et ta foi en Dieu resteront, tel est ton héritage laissé à ceux que tu aimes. Comme tu nous as dit : « Ouan, ben voilà, faites vos vies, faut ben que ça continusse. Moi, j'ai une ben belle feuille de route. Je vous attends de l'autre bord. » Tu nous a dit aussi « Si c'est ça mourir, c'est pas si pire. » Après un temps de sérénité, entouré des tiens, nous avons cueilli ton dernier souffle et caressé ton corps chaud une dernière fois, cela a été un cadeau inestimable valant tout l'or du monde. Te voilà libre maintenant libre d'admirer les pâturages verts, libre de prendre l'air, ce qui te manquait terriblement quand tu étais pris dans la maison, libre de veiller sur nous à ton goût.
Puisque nous croyons qu'il y a quelque chose après, je te dis papa à bientôt, mais pas tout de suite!
Hommage à monsieur Roger Lavoie, lu par son ami Gaétan Charette en l'église de St-Vianney, le vendredi 1er mars 2013, jour de la célébration commémorative.
Toutes nos sympathies à la famille de Roger.
Le fait que Roger ait manifesté le désir de finir ses jours chez lui avec sa famille, aura permis à la communauté de St-Vianney de passer de bons moments en sa compagnie. Pour Roger, la communauté, c'était très précieux; un Viannois dans le coeur et dans l'âme.
Quand j'arrivais avec Réjean Royer, Roger disait : «Tiens, voilà la Ligue du Vieux Poêle! Ça va être quoi le sujet à soir?» Ça nous donnait l'occasion au cours de ces soirées, de se rappeler de beaux souvenirs et de se raconter quelques bonnes histoires. Comme celle-ci par exemple : Une histoire de joual : Dans le temps, le père Pierre Royer s'en va chez Mercier, un commerçant de chevaux d'Amqui pour échanger son joual. Les affaires faites, Mercier avertit le père Pierre : «Je te donne une paire de cordeaux en babiche, ça peut arriver que ça étire un peu.» Ça part en montant et le joual a les oreilles dans le crin. À ce moment de son histoire, Roger dans son lit, a les bras étirés, les deux mains dans les cordeaux, on aurait vraiment dit qu'il y avait un cheval attelé au pied du lit. «Wo beck , arrié; Wo beck, arrié! Doucement Girl.» Roger dit : Le Père Pierre arrive chez lui, il avait tellement tiré qu'il y avait de quoi faire deux autres paires de cordeaux dans le fond du borlot!
Roger le grand bénévole : Comme le dit l'Évangile, demandez et vous recevrez. Roger le soldat, il était de tous les combats et de toutes les corvées; un véritable pilier! Membre fondateur de l'Ambulance St-Jean et dans laquelle tu as évolué avec une telle fierté. Tu as su inculquer ce sentiment de professionnalisme qu'enviaient les autres municipalités et dont on peut constater les résultats dans cette église ce matin. On gardera en mémoire ton implication comme préposé au stationnement lors des grands événements qui se sont déroulés chez nous par le passé. On pouvait voir évoluer Roger dans son uniforme d'ambulancier par grand soleil, s'il faisait trop chaud il poursuivait le travail en chemise blanche.Pompier pendant 20 ans au service de sa communauté, Roger disait : «Grimper dans une échelle, chu pas capable; mais pour la tenir par exemple, ça chu capable!» Et c'était vrai! Quand Roger, assisté de Serge Fortin, mettait la patte sur la base d'une échelle, tu pouvais être sûr qu'elle ne bougerait pas, quand bien même elle n'aurait pas été accotée dans la tête, ça valait une échelle aérienne et tu pouvais monter en toute sécurité.
Marguillier à plusieurs occasions, Roger part en étant toujours membre du conseil de fabrique. Son attachement à sa paroisse a fait en sorte qu'il fut responsable du volet cimetière durant plusieurs années. Et Roger, il le connaissait son cimetière, c'était notre spécialiste, et en ce sens il va beaucoup nous manquer. Paraitrait que c'était une promesse faite à ses parents qui l'a amené à s'impliquer dans l'entretien du cimetière. C'était en quelque sorte son jardin et il sera sans aucun doute heureux d'aller s'y reposer. Un habitué des sessions de «Vie Active», il était le bout-en-train très apprécié de son groupe. Il disposait d'une mémoire phénoménale qui lui permettait de nous entretenir inlassablement sur des faits du passé : un grand livre ouvert! Plusieurs jeunes se souviendront de lui comme d'un vrai beau Père Noël avec sa grosse bedaine chaude, qui a fait le bonheur des tout-petits en de nombreuses occasions dans le temps des Fêtes. Roger siégeait encore sur le conseil d'administration de l'OMH. Il a été jusqu'à ce jour le président très apprécié du Club des 50 ans et plus auquel il va beaucoup manquer. Il était aussi un fier Chevalier de Colomb.
Roger fut très actif en sein du Festival du Travailleur forestier, autant à titre de bénévole que comme participant aux compétitions. Une fois, en équipe avec M. Toine Fortin, il racontait que lors de l'épreuve du godendart, ils avaient perdu par l'épaisseur d'une écorce.
Roger le vrai Québécois : Quand il était avec Marien Leclerc; ils attelaient «le joual», ils allaient à la tire de «jouaux». Louis-Philippe Jean y est fort comme «un joual». Pour Roger, un cheval c'était pas mal moins fort qu'un «joual». Pour haler un gros âbre, ça prenait un bon joual! C'était l'homme qui parlait à l'oreille des «Jouaux» et qui par son calme naturel, arrivait à tranquilliser le «joual» le plus nerveux qui soit. Pour Roger, les jouaux, c'était comme la mécanique pour les Charette. Ce fut un grand bonheur pour lui que de voir Marien Leclerc s'installer à St-Vianney avec ses chevaux.
Homme de la forêt, Roger savait en prendre soin et ne prélever que ce qui était en perdition, ses enfants vous diront qu'ils ont déjà vu 75 cordes de bois de chauffage dans la cour, tout ça ramassé dans du bois mort. On ne touche pas aux âbres sains. Ce qui faisait dire à son fils Cédric : «On brûle toujours de la cochonnerie nous-autres.»
Roger, au contraire des millionnaires, toi tu as pu emporter ta fortune avec toi; elle était dans ton coeur : l'amour des tiens, ta bonté, ta générosité, ton dévouement pour ta communauté. Un soir, tu nous as dit que tu ne craignais pas de comparer ta feuille de route avec n'importe qui. Roger, tu allais jusqu'au bout. Quand tu as enterré notre mère le 8 décembre dernier, tu m'as dit : «Le prochain ce sera moi.» Tu avais raison. Tu as été plus «tough» que le pape, tu as tenu jusqu'au bout. Là, ça va être le temps des sucres, ton grand chum Frid doit t'attendre. Plus de problème de température là où tu vas; ils contrôlent ça avec une manette là-bas : conditions idéales tout le temps. Mais Frid va dire : «Roger, touche pas à la manette!»
Roger, pour nous tous tu as été un bon compagnon de route durant ton passage sur cette terre, en espérant un jour te rencontrer sur l'autoroute du Ciel.
Salut mon Roger et bon voyage!
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