Hommage à madame Wilfrida Roy, lu en l'église d'Amqui, le samedi 3 novembre 2012, jour de la célébration commémorative.
Hommage à une femme remarquable
Voici un hommage à une femme remarquable. Cette femme est Wilfrida Roy-Lavoie qui est décédée le 28 octobre dernier entourée de l’amour de sa famille, de ses fils, de ses frères et sœurs et de ses petits-enfants, tandis que d’autres proches l’accompagnaient en pensée.
Votre présence en si grand nombre à la cérémonie a été significative. Vous êtes venus en grand nombre la saluer avant qu’elle soit conduite à son dernier repos et lui dire au revoir. Elle aimait être bien entourée et cela a dû rendre ma mère bien fière. C’était touchant et réconfortant pour notre famille…
Elle est née dans le beau village de Saint-Léon-le-Grand où elle a grandi sur une ferme avec ses dix frères et sœurs. Au souvenir de ces années passées, elle parlait avec enthousiasme de ses études, de ses amis et de tous les efforts que les gens devaient faire pour être heureux. Il ne manquait pas de travail sur la ferme et elle aidait nos grands-parents dans toutes les tâches. Elle était l’aînée de la famille et comme dans plusieurs familles, elle était comme la deuxième mère de ses jeunes frères et sœurs. Elle aimait raconter des anecdotes sur tout et particulièrement à propos de ses excursions pour la cueillette des petites fraises qu’elle adorait transformer en délicieuses confitures.
La famille est unanime…. Son départ crée un grand vide auprès de tous. Elle était la digne remplaçante de nos grands-parents Léon et Alphonsine. Elle a su créer cette atmosphère particulière, unique, qui faisait que dans sa maison, tous se sentaient chez eux, en toute saison, réconfortés par son regard bienveillant, par la chaleur enveloppante du cocon familial. Elle aimait se dévouer pour les autres et savait comme nulle autre établir un lien tout spécial avec nos aînés. Elle s’est occupée de mon grand-père pendant 8 ans avec tant de dévouement et d’attention et cela, jusqu’à son décès, à l’âge de 82 ans. Par la suite, elle a partagé sa vie avec sa belle-mère, ma grand-mère Célina. Entre elles, s‘est établie une relation de grande complicité, une relation entre femmes, empreinte de tendresse et de noblesse, remplie des petits riens du quotidien. Ce partage avec l’autre, par des gestes « ordinaires », ce sentiment d’être utile, a été la trame de sa vie, l’essence d’elle-même. Elle a si souvent posé discrètement de petits gestes, en soutien subtil aux siens devant les soubresauts de la vie. Elle a été cette artiste de l’âme et du cœur devinant intuitivement quand et comment être là. Généreuse et curieuse, il y avait toujours de la place pour les amis, les amis des amis et même pour les passants. Bien évidemment, il ne manquait de rien dans son réfrigérateur, qui était toujours bien garni. C’était une excellente cuisinière et une couturière accomplie. Ses tricots et ses tissages étaient dignes des meilleures artisanes. Son jardin était sa fierté… ses framboisiers, ses gadelliers, ses groseilliers. Son jardin était aux couleurs de sa vie, rouge comme l’amour, vert comme l’espoir. Son jardin était à l’image de ses qualités, de sa tendresse et de son affection.
C’est dans ce jardin, qu’elle a vu grandir au fil des saisons, son amour pour son époux, puis pour ses trois garçons et ses sept petits-enfants. Bien qu’elle n’ait pas eu de filles, elle entourait ses belles-filles de toute son affection et celles-ci le lui rendaient bien. Elle a été là à toutes les étapes de nos vies. Son jardin n’en était pas un de secrets : il était ouvert à tous, chacun y était le bienvenu et était accueilli en roi ou reine dans le respect et la joie.
C’est avec ses mains qu’elle a semé les plants et cueilli les fruits l’automne venu. Ses belles mains qui portaient les marques de ce qu’elle avait fait, mais surtout de ce qu’elle était. Mais le plus important est que ce sont ces mêmes mains que Dieu a pris pour l’amener avec lui dans son Paradis…
Maman, tu laisses une empreinte dans la mémoire de tous ceux qui t’ont connue, une marque indélébile, un labour sacré dans nos cœurs. Tu nous as consacré ta vie. Tu nous as donné tout ce que tu avais, tout ce que tu étais. C’est un privilège d’être l’œuvre de ta vie, ton héritage. Cela nous donne l’énergie qu’il faut pour grandir et accomplir tous nos projets. Quand on pense à ta générosité, on parlait au sens figuré de ton grand cœur. Et c’est ce même grand cœur, au sens propre, qui a décidé qu’il était temps pour la jardinière de ranger ses outils.
Tu n’as pas abandonné, mais pris ta vie en main avec courage, et décidé qu’il était temps de choisir. Tu t’es battue pour ta vie, cœur et âme, mais tu ne t’es jamais battue contre la vie. Tu as plutôt décidé de partir dans un autre monde où tu pourrais faire fleurir de magnifiques rosiers. Consciente jusqu’à la fin, tu as avec grâce rencontré les tiens en faisant tes adieux, et puis tu es restée bonne vivante, dégustant ces mets que tu aimais tant et puis… acceptant l’inévitable fin avec dignité… En cela, tu nous as montré un peu le chemin…ou du moins une façon de le prendre. Tu es partie ainsi auprès de tous nos chers disparus avant toi, et en particulier ton Adrien chéri, ton complice.
On était en automne … c’était le temps des récoltes. L’hiver était à nos portes avec son blanc manteau…On a mis le foin au fenil, on a cordé le bois à la cave et on a mis les confitures dans la dépense. Tu étais à l’automne de ta vie, maman; il était le temps pour nous de combler nos cœurs de ton amour. Nous avons eu le temps d’en faire de grandes provisions.
Tu t’es retournée une dernière fois;
Tu as regardé sur nos visages les bonheurs et les joies que tu y as semés;
Tu as vu ta plus grande moisson;
Tes enfants, ta famille, tes amis….
Au revoir maman, sache que tu seras toujours, malgré ton départ, là où nous serons.
Merci.
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